
Femme poëte Bretonne, née à saint Sébastien sur Loire le 24 juin 1809. Élisa Mercœur n’avait que vingt et un mois lorsque sa mère resta seule pour l’élever, avec des ressources plus que restreintes. A six ans, elle brodait en imagination des sujets de conte et de comédie, et, à huit ans, elle ne parlait de rien moins que de composer une tragédie en cinq actes et en vers, pour la Comédie-Française. A douze ans, Élisa donnait à ses jeunes compagnes des leçons d’histoire, de géographie, d’écriture, d’anglais, de français et d’autres choses encore. Elle lisait Virgile à livre ouvert, savait un peu de grec, et elle n’avait pas encore treize ans que déjà elle avait traduit Milton en entier. La première fois qu’elle eut l’occasion de révéler son talent au public fut le jour des débuts, sur le théâtre de Nantes, d’une cantatrice célèbre. Rentrée chez elle, Élisa Mercœur écrivit tout d’un trait une pièce de quatre-vingts vers et l’envoya à son adresse. Le lendemain, toute la ville applaudissait à cet essai poétique publié par un ami officieux dans le Lycée armoricain, et, dès ce jour, la jeune fille, grâce à quelques autres poésies qu’elle s’empressa de publier, fut proclamée la Muse armoricaine. Elle avait alors seize ans. Élisa Mercœur fut bientôt à même de publier un premier volume de vers, sans être obligée de lutter avec tous les obstacles dont est semé d’ordinaire le long chemin qui sépare l’écrivain débutant de l’éditeur. M. Mellinet-Malassis, imprimeur à Nantes, s’offrit à publier les essais poétiques de la jeune muse, et une souscription, organisée dans les salons de la ville, fournit bientôt une somme de 3,000 francs qui couvrit, et au-delà, les frais d’impression.
Rêverie
Qu’importe qu’en un jour on dépense une vie,
Si l’on doit en aimant épuiser tout son coeur,
Et doucement penché sur la coupe remplie,
Si l’on doit y goûter le nectar du bonheur.
Est-il besoin toujours qu’on achève l’année ?
Le souffle d’aujourd’hui flétrit la fleur d’hier ;
Je ne veux pas de rose inodore et fanée ;
C’est assez d’un printemps, je ne veux pas d’hiver.
Une heure vaut un siècle alors qu’elle est passée ;
Mais l’ombre n’est jamais une soeur du matin.
Je veux me reposer avant d’être lassée ;
Je ne veux qu’essayer quelques pas du chemin.
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